Avec les spectateurs du tribunal de Paris : “Ici, c’est le théâtre de la vie”

Reportage. Les spectateurs de procès

Au Tribunal judiciaire de Paris, le nouvel immeuble de la Porte de Clichy, des observateurs sont là tous les jours. Pour eux, les salles d’audience sont des théâtres dans lesquels le spectacle de la justice du quotidien se déroule. En cette période de libération de la parole sur l’inceste, le procès en diffamation d’un père contre sa fille attire les curieux.

Il est treize heures, un vendredi après-midi. Aucun procès de vedettes ou d’hommes politiques ne se déroule ce jour-là au Tribunal judiciaire de Paris, Porte de Clichy. Mais une plainte en diffamation d’un père contre sa fille s’inscrit dans l’actualité du moment. Pauline Conforti, âgée de trente ans, a exposé ses œuvres d’art pendant l’été 2018 à Paris, et sur un site web. Dans ses œuvres, elle évoque les relations incestueuses présumées que son père lui aurait fait subir. Ce dernier a alors porté plainte pour diffamation. À treize heure trente, l’artiste et son père doivent être de nouveau confrontés.

Dans les couloirs du tribunal, les avocats avancent d’un pas pressé, tout en enfilant leurs robes. Des visiteurs se promènent, en levant la tête vers les écrans devant chaque salle, qui détaillent la juridiction siégeant ce jour-là. L’un d’eux, un homme d’une quarantaine d’années, s’arrête et interpelle les trois policiers qui gardent l’entrée de la salle. “Il y a quoi aujourd’hui ?“, demande-t-il. L’homme en question s’appelle Henri S. Âgé de quarante et un ans, il est un habitué du Tribunal de Paris. “Je suis consultant freelance en gestion d’entreprise, et j’aimerais me reconvertir dans le domaine juridique. Mais je ne sais pas trop encore dans quoi. Alors j’assiste à différents procès dans la semaine, quand j’ai le temps“. La solennité qui règne dans la salle d’audience, lors de l’arrivée du juge, le captive. “L’ambiance est unique dans les salles d’audience. C’est vraiment un théâtre de la vie, avec des vrais problèmes parfois dérisoires, voire drôles, et des vrais gens“, explique-t-il.

“Je suis friand de tout ce qui touche à la corruption”

Henri n’est pas le seul à apprécier l’ambiance si particulière des salles d’audience. Paul H., 56 ans, équipé d’une paire de baskets et d’une casquette rouge s’approche pour saluer les policiers en leur serrant la main. Il prend de leurs nouvelles, pour ensuite s’enquérir du procès qui se tient ce jour dans la 17ème chambre. Originaire de Saint-Cloud, il est lui aussi particulièrement amateur de procès. “J’apprécie l’ambiance des salles d’audience. Je me rend régulièrement au Tribunal de Paris ou à la Cour d’Appel pour assister à des affaires qui m’intéressent.

Paul choisit avec soin les procès auquel il assiste. “Je suis généralement friand de tout ce qui touche à de la corruption à tous les niveaux, c’est ça qui m’intéresse“, explique-t-il. Le procès en diffamation qui implique Pauline Conforti ne le retient pas. Après avoir salué les quatre policiers, Il se dirige vers la salle suivante, où quatre policiers de la Brigade Anti-Criminalité sont justement jugés pour corruption.

“J’étais un ancien interprète”

Dans cette salle, quelques spectateurs sont là aussi comme s’ils assistaient à un spectacle. Arman, 70 ans, est un ancien interprète assermenté par la Justice. “J’avais l’habitude d’être interprète lors de comparutions immédiates, de procès avec des accusés étrangers, turcs ou anglophones“, explique-t-il. Pour lui, assister encore et toujours à des procès réveille sa nostalgie. “Naviguer entre des salles d’audiences, prendre des notes sur ce qui se déroulait pour mieux comprendre le milieu, et attendre qu’on ait besoin de moi en assistant à d’autres procès, c’était mon métier et cela me manque“. Assis à la dernière rangée, il passe une partie de ses après-midi à prendre des notes sur un petit carnet orange, en se souvenant du moment où il était acteur de la pièce.

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