Julie Couturier, une technicienne du droit au Barreau de Paris

Élue le 24 novembre dernier pour être la prochaine bâtonnière du Barreau de Paris, Julie Couturier, avocate spécialisée en droit de l’exécution et en procédure, entend aider à redorer l’image de la profession auprès du public et protéger ses confrères. Rencontre.

Le couvre-feu a sonné et les rues sont calmes ce soir de février. Au troisième étage du 81 rue Monceau, dans un beau quartier de Paris, il n’y a plus grand monde dans les bureaux. Les talons de Julie Couturier claquent sur le parquet et résonnent à l’autre bout du cabinet. Pantalon et col roulé noirs, l’avocate se présente de façon décontractée . Par un dédale de couloirs exigus, toujours les mains dans les poches de son tailleur, elle ouvre la route jusqu’à son bureau.

“En réalité j’étais plutôt partie pour faire ce que vous faites là : j’ai fait de la production radio, j’ai fait du journalisme… c’est un excellent souvenir d’ailleurs !”, lance-t-elle. Derrière son masque, impossible de ne pas deviner un léger sourire. Le chemin a été différent pour celle qui exerce le droit de l’exécution depuis maintenant 25 ans, une spécialité plutôt technique, et qui consiste à obtenir l’exécution, volontaire ou forcée des jugements civils ou commerciaux.

L’ordre parisien: 30.000 avocats

A 49 ans, Julie Couturier dispose d’un CV impressionnant : elle est aujourd’hui à la tête de son propre cabinet, JCD Avocats. Elle dirige le parcours Droit d’Execution à l’école de formation des barreaux, a été membre du conseil de l’ordre du Barreau de Paris, a présidé l’association Droit et Procédure, une institution dans le milieu des avocats. Depuis novembre, elle a ajouté une nouvelle ligne a ce CV en étant élue future bâtonnière du Barreau de Paris. 

Souvent perçu comme une tour d’ivoire, le barreau de Paris, régit la profession dans la capitale. Le bâtonnier représente les 30 000 avocats qui composent l’ordre parisien, règle les contentieux qui peuvent survenir.“Il y a un service de médiation et d’arbitrage du bâtonnier, avec des commissions de conciliation qui se réunissent très régulièrement. Et si on n’y arrive pas, il y a une juridiction du bâtonnier qui arbitre. C’est aussi toute la discipline des avocats. Quand il y a des manquements déontologiques, ils sont poursuivis”, raconte Julie Couturier. A ce poste de bâtonnière, l’avocate devra notamment aider à redorer l’image de la profession auprès du public, combattre une réforme des retraites qui entend priver la caisse des avocats de deux milliards d’euros, mais aussi défendre le secret professionnel, principe violenté plusieurs fois ces derniers mois comme au cours de l’affaire Paul Bismuth.

Le goût de la mécanique juridique

Mais ce que ne racontent pas ces titres, c’est le personnage tout en contrastes qu’est Julie Couturier. Elle n’est pas de ces avocats qui aiment la lumière et les effets de manche. Elle n’est pas non plus de ces avocats habités par le lyrisme de leur propres phrases. La Bâtonnière élue du Barreau de Paris est toute en sobriété, à l’image de sa spécialité, plutôt aride et que peu d’avocats exercent de son aveu même.

Elle y est venue par des chemins détournés. Mais la civiliste y a trouvé tout ce qui la passionne : de la technique et de la procédure. Oui, Julie Couturier est une technicienne du droit. Et ce goût de la mécanique juridique et de la procédure civile sont eux, arrivés très vite. Bachelière, elle s’est lancée dans le droit sans grande conviction. C’était davantage “une transition, une façon de me former l’esprit pour ensuite bifurquer vers des métiers de communication”

D’où vient ce goût de la procédure civile ? Quand vous avez le tellement charmant, tellement brillant, adorable Jean-Denis Bredin qui vous explique les principes directeurs du procès, vous trouvez qu’il n’y a rien de plus glamour

Julie Couturier

Puis il y a eu un premier déclic quand, en licence de Droit à la Sorbonne, elle a eu l’ancien Garde des Sceaux Robert Badinter en tant que professeur. Un an plus tard, cela a été la vraie révélation : “Quand vous avez le tellement charmant, tellement brillant, adorable Jean-Denis Bredin qui vous explique les principes directeurs du procès, vous trouvez qu’il n’y a rien de plus glamour”, explique-t-elle.

Elle a fait rire le jury

Mordue de procédure civile, Julie Couturier raconte quand même qu’elle se laissait un peu porter par la vague. Et cela l’a amenée à être major de l’examen d’entrée à l’école des avocats. Heureux hasard ? Confuse, la Batonnière élue affirme que oui. La chance, selon elle, due à un sujet très facile qui lui permet de peaufiner sa présentation et d’être suffisamment à l’aise pour faire rire le jury du grand oral. 

Il y a dans ce récit quelque chose qui pourrait agacer, comme une histoire de première de la classe.  Avec cela, on pourrait s’attendre à une personnalité terne. Au contraire, l’avocate se révèle plutôt amusante, pratiquant volontiers l’auto-dérision. “ Ce qui est intéressant chez elle, c’est un mélange d’intelligence des sujets et des gens, de sérieux et de discipline dans ce qu’elle fait et de simplicité, de modestie et d’humour”, raconte un confrère qui la côtoie depuis de longues années. 

Julie Couturier est fille unique et raconte volontiers que cela l’a naturellement poussée à rechercher des liens familiaux dans son métier : “25 ans après on est les mêmes, on a cette lignée de familles du Palais, ça m’est très précieux, ça m’a appris le fonctionnement collectif et l’engagement” insiste-t-elle.

Aujourd’hui bâtonnière élue, celle qui prendra ses fonctions le 1er janvier 2022 occupe donc le poste par excellence de cheffe de famille. Au moment d’annoncer leur candidature au Bâtonnat en juillet dernier, le pénaliste Vincent Nioré qui sera son colistier insistait : “Je connais sa hauteur morale, ses qualités de coeur, son dévouement, sa puissance de travail. Julie, c’est tout simplement ma moitié d’avocat (…)”. Au sujet de cette candidature, Julie Couturier avoue,  “j’avais la trouille”. Là encore elle se laisse porter par ceux qui ont vu plus vite qu’elle l’importance d’avoir à la tête d’un ordre qui prend un peu la poussière, une technicienne rigoureuse et affutée. Reste à savoir si l’institution lui laissera le champ libre.

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