L’Arche de Melun : quand des animaux aident à la réinsertion des détenus

Depuis 2017, le centre de détention de Melun, en Seine-et-Marne, expérimente la médiation animale pour les détenus. Intégré au service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip), le programme vise à leur rendre plus supportable la prison mais également préparer la réinsertion une fois la peine purgée.

Au centre de détention de Melun, cochons d’Inde, tortues, oiseaux et chien sont les compagnons des détenus. Loin de la “câlinothérapie” boudée par les sceptiques, le programme de médiation animale a été pensé sur-mesure pour les 300 détenus de Melun. Les effets de ce travail se font sentir à différents niveaux, certains vont communiquer davantage, sortir de leur isolement ou à l’inverse réussir à canaliser leur agressivité. D’autres vont même jusqu’à se découvrir une nouvelle passion et se forment aux métiers animaliers à leur sortie. À la tête de ce programme, un duo constitué de Audrey Merhet, conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP) en charge du programme et Marine Droin, co-fondatrice de Zooca, une société de zoothérapie, et intervenante auprès des détenus.

Sollicitée par le directeur du service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip), Marine Droin a pris un an pour mettre au point ce projet le temps nécessaire“pour me sentir à l’aise avec ce public, savoir ce que je pouvais leur apporter”, explique-t-elle. L’intervenante a visité la prison, s’est documentée et formée. “Je ne connaissais pas du tout le milieu carcéral. Alors, je me suis pas lancée tête baissée”, poursuit-elle.

La médiatrice a commencé en proposant des séances de 2 heures avec des cochons d’Inde, tortues, oiseaux et rongeurs en tout genre, tous lui appartenant. Et les premiers retours ont été positifs. “La prison a voulu poursuivre en augmentant le nombre de séances et proposer une action plus poussée avec les animaux, en les faisant rester sur place toute l’année”, se réjouit-elle. Fin 2019, le centre de détention a créé l’Arche de Melun, une animalerie dotée de cages abritant un lapin et deux cochons d’Inde.

Humaniser les longues peines

Tous les jours, quatre détenus nourrissent les animaux de l’Arche, vérifient leur état de santé, s’occupent de leur hygiène et consignent le tout dans un cahier de suivi. Il y a ensuite des séances avec les animaux de Marine Droin à destination de détenus “vulnérables”, introvertis, et d’autres plus impulsifs ayant des difficultés à communiquer sereinement.

“Et puis, il y a les séances avec le chien de Marine, Oasis, qui concernent plutôt les personnes en dépression”, détaille la conseillère pénitentiaire. Pour intégrer le programme, les détenus sont sélectionnés selon leur profil et leurs problématiques. “En général, les détenus qui sont spontanément volontaires ont plutôt un tempérament actif et donc ne sont pas prioritaires”, analyse Audrey Merhet, l’une des deux dirigeantes du programme.

“Il y a des détenus qui sont enfermés depuis 20 ans et ne sortent plus de leur cellule depuis 15 ans”.

Le centre de détention de Melun abrite des condamnations de longues peines pouvant aller jusqu’à 30 ans de réclusion. La médiation peut donc s’étaler sur 6 à 8 séances mais peuvent également durer toute une année. “Ce cas de figure concerne des personnes enfermées depuis 20 ans et qui ne sortent plus de leur cellule depuis 15 ans par exemple”, poursuit-elle. Ce contact privilégié avec les animaux aide les détenus à mieux vivre leur séjour en prison et se répercute sur les autres services de réinsertion. “Face à un détenu qui ne veut pas parler, le psy va pouvoir se servir des animaux comme prétexte. L’animale devient également une source de discussion avec les surveillants”.

Premiers pas vers la sortie

En tant que programme de réinsertion, si la médiation animale humanise la détention, son objectif premier reste la préparation à la sortie de prison. En séance, l’intervenante traite principalement les difficultés de cohésion de groupe. “Les mêmes qu’un employé peut rencontrer avec ses collègues ! Ce sont des difficultés qu’ils pourraient retrouver par la suite lorsqu’ils auront purgé leur peine donc mon travail est de réussir à les faire communiquer entre eux, sans violence”, explique Marine Droin. Les détenus deviennent moins impulsifs, communiquent davantage, sortent de leur isolement et surtout se responsabilisent.“Les animaux ont besoin d’eux. Donc cela les sort de leurs difficultés et leur fait prendre de la hauteur, surtout chez ceux qui nourrissent les animaux tous les jours“.

/ Pixabay

En réalisant qu’ils sont capable de faire des choses variées, les détenus élargissent leurs perspectives d’avenir. “J’ai un ancien membre qui a carrément intégré une formation d’éducateur canin à sa sortie. D’autres ont décidé de se former dans des métiers autour de la nature”, raconte l’intervenante. Récemment, le directeur de la prison, anciennement sceptique et aujourd’hui grand convaincu, a financé un enclos extérieur pour les animaux de l’Arche. Encore une autre étape vers la responsabilisation puisque les détenus seront chargés de les y emmener.

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