Le site Mediapart a été jugé pour l’ “affaire de Rugy”

Un an et demi après la publication d’une série d’articles qui ont conduit l’ancien ministre de la Transition écologique François de Rugy à la démission, les journalistes de Mediapart Edwy Plenel et Fabrice Arfi ont comparu devant le tribunal judiciaire de Paris. Ils étaient attaqués pour diffamation publique. L’homme politique, lui, n’est pas venu à l’audience.

« Tout ce que nous avons écrit est vrai. » Il est 13h50 quand Edwy Plenel, chemise bleue et veste noire sur les épaules, se présente devant la 17 eme chambre du Tribunal judiciaire de Paris, ce jeudi 11 février. Le directeur de la rédaction de Mediapart y retrouve trois de ses journalistes : Antton Rouget, Michaël Hajdenberg et Fabrice Arfi. Avec ce dernier, le directeur de Mediapart est poursuivi pour diffamation publique. Face à eux, les avocats de François de Rugy, ancien président de l’Assemblée nationale, puis ministre de la Transition écologique. L’homme politique a démissionné de son poste en juillet 2019, à la suite d’une série d’articles publiés par Médiapart : « L’Affaire François de Rugy. »

Dans cette série d’article, 18 au total, Mediapart revenait sur le train de vie du président de l’Assemblée nationale, entre diners fins et travaux dans son logement de fonction. A l’époque, l’élu avait dénoncé l’acharnement et la malveillance du site à son endroit. Mais sa plainte ne se résume au final qu’à attaquer un passage de 14 lignes dans l’un des articles.

Un travail collectif

Cet article, titré « François de Rugy profite, lui aussi, d’un logement à vocation sociale », a été publié le 11 juillet 2019, et co-écrit par Fabrice Arfi, Antton Rouget et Michaël Hajdenberg. Du côté de la défense, on ne comprend pas pourquoi seul Fabrice Arfi est cité. « Il est important de relever qu’on travaille collectivement », appuie Antton Rouget. Pour la partie civile, l’explication est simple. C’est Fabrice Arfi qui a promu les articles sur les plateaux de télévision.

Alors que la défense parle d’une publication d’articles « en cascade », l’un des avocats de François de Rugy, Me Pierre-Olivier Sur compare cette salve à une mitraille.

« Sont poursuivis le titre, le chapô et deux paragraphes », détaille Me Emmanuel Tordjman. « Cela veut dire que tout le reste est vrai ? » questionne l’avocat de la défense. Le débat porte sur le choix des mots, autant que sur les faits. Me Chichportich, condamne l’emploi du verbe « profiter » dans le titre de l’article, qui prête à confusion. Fabrice Arfi s’en défend, « cela veut dire tirer un avantage ».

“Logement à vocation sociale”

L’autre terme dénoncé, c’est « logement à vocation sociale ». Dans l’article incriminé, les journalistes de Mediapart révèlent que l’ancien ministre louait un logement à Orvault, dans la banlieue nantaise. Seulement, ses rémunérations ne lui permettaient pas d’y prétendre. Selon la partie civile, c’est bien là que se trouve le cœur du débat, à savoir les conditions de location de l’ancien ministre.

Tour à tour, les prévenus Edwy Plenel et Fabrice Arfi et les témoins Antton Rouget et Michaël Hajdenberg sont interrogés par l’avocat de la partie civile, Me Mathias Chichportich sur les critères d’attribution des logements à vocation sociale. Michaël Hajdenberg, spécialisé dans les questions de logement expliquera même le dispositif Scellier. Le principe : contre une réduction d’impôt, le propriétaire loue son logement légèrement moins cher que les prix du marché, à des locataires à revenus modestes. Impossible toutefois de savoir si l’élu était au courant ou pas.

Dès la publication de l’article en juillet 2019, l’homme politique s’était dit « victime d’une tricherie » de la part de l’agence immobilière ou du propriétaire de l’appartement et niait avoir su qu’il s’agissait d’un appartement à « loyer social préférentiel. »

Les avocats du plaignant accusent les journalistes de créer un « amalgame » entre deux affaires. Le logement « à vocation sociale » habité par M. De Rugy, et le logement social HLM dont bénéficiait Nicole Klein, sa directrice de cabinet.

Les prévenus auraient aimé échanger avec François de Rugy

Appelé à la barre, Edwy Plenel est un habitué des procédures en diffamation : 260 depuis la création du journal en 2008. « Le seul intérêt qui guide Mediapart et qui le guidera toujours, appuie la défense, c’est l’information. » Selon le journaliste, l’ancien ministre tente de « transformer une authentique Affaire De Rugy en une Affaire Mediapart. » Puis de poursuivre, « le seul acharnement est au souci de cette information dans l’intérêt général. »

François de Rugy a expliqué son absence en indiquant être retenu à l’Assemblée nationale où il est toujours député. « Il trouve le temps de faire plein d’interviews mais ne vient pas à l’audience », tacle Edwy Plenel qui invoque une « dérobade ». Le journaliste souhaitait échanger sur les « méthodes » que dénonce l’homme politique. « Nous aurions aimé pouvoir poser des questions à M. De Rugy et nous en avons été privés », renchérit M. Tordjman.

Le tribunal s’est retiré après six heures de débats. La partie civile accuse Mediapart de mauvaise foi et sollicite un euro symbolique. En face, l’avocat des journalistes plaide la relaxe. Le verdict sera rendu le 2 avril prochain.

Mélanie Leblanc

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