Peines alternatives, réinsertion… comment lutter contre la récidive

En France, plus de la moitié des sortants de prison sont recondamnés dans les cinq ans suivant leur première condamnation. Les associations d’aide aux anciens détenus et les observateurs plaident pour le développement de peines alternatives et de la réinsertion, tout en pointant du doigt l’inefficacité du système pénal pour lutter contre cette mécanique.

Le premier obstacle à la réinsertion est souvent l’absence d’hébergement“. C’est le constat de Jacques Simonet, vice président du mouvement pour la réinsertion sociale (MRS). Cette association s’attache à accompagner les sortants de prison vers la réinsertion, en lien avec les services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP). Pour lui, “c’est difficile de trouver un emploi quand on dort dans la rue et inversement, c’est dur de trouver un logement lorsqu’on n’a pas d’emploi.” Une spirale qui enraye la possibilité d’une réinsertion après l’incarcération.

Cette association, en plus d’un suivi des démarches administratives et de recherche d’emploi, propose une trentaine de chambres pour ceux qui n’ont pas de famille prête à les accueillir à la sortie de la prison. “Les personnes que nous aidons sont les plus isolées, abîmées par la vie et éloignées de l’emploi “, explique Jacques Simonet.

Chaque année, 90.000 personnes sont libérées des prisons françaises. Selon l’administration pénitentiaire, plus de la moitié d’entre-elles sont recondamnées dans les cinq années qui suivent leur première peine pour des faits de même nature. Un constat d’échec pour ceux qui voudraient éviter la récidive. Pour limiter cela, l’accompagnement des anciens détenus est essentiel défendent les associations.

Parmi les bénéficiaires du MRS, 35% trouvent un emploi ou une formation professionnelle, en majorité dans des secteurs porteurs comme le bâtiment, l’entretien des espaces verts ou encore la restauration. A contrario, 30% sont de nouveau condamnés. Difficile de résister à l’argent facile, notamment pour les plus jeunes d’entre eux. “Ils sortent à peine de l’enfance. Ils manquent de structure et de maturité. Quand ils gagnent 150 euros par jour en faisant le guetteur pour des dealers, le calcul est vite fait “, déplore Jacques Simonet qui souligne également le rôle des “mauvaises fréquentations” et des “addictions” dans le passage à l’acte. Il faut souvent plusieurs condamnations avant que les jeunes bénéficiaires n’aient le déclic: “Les rencontres amoureuses, c’est radical. Derrière, ils prennent de bonnes décisions.”

“La moitié n’a aucun diplôme”

La famille est une motivation très forte“, abonde Roger Levesque, administrateur de l’Îlot. Cette association accueille principalement d’anciens détenus, hommes et femmes, en mettant l’accent sur la restauration des liens familiaux, abîmés par la détention, et la réinsertion professionnelle. Dans ses maisons d’accueil, elle héberge et accompagne les sortants de prison dans leur apprentissage de l’autonomie. “En prison, ils ont perdu leurs repères. Ils ne savent plus où trouver les informations, certains ne savent même pas acheter un ticket de métro“, précise Roger Levesque. Il faut donc réapprendre à vivre, à prendre des décisions et à entretenir une vie sociale. “Des bénévoles viennent les rencontrer pour échanger avec eux sur différents sujets et leur donner l’habitude de fréquenter des personnes qui n’ont pas connu la prison“, explique le responsable.

Ici, la formation est mise au premier plan pour éviter la récidive. Des ateliers de mécanique, de menuiserie ou encore de restauration sont organisés. “La moitié des personnes qui sortent de prison n’ont aucun diplôme et quand on n’a pas les outils pour se débrouiller, on a plus de chance de retomber dans la délinquance“, souligne Roger Levesque. Cet ancien officier de marine observe les blessures laissées par l’emprisonnement chez les bénéficiaires. “Ils ont l’impression qu’il y a écrit “prison” sur leur front. Le regard qu’on porte sur eux est très important“, insiste-t-il. Dans la recherche d’emploi, sortir de prison peut être un obstacle, même si “la plupart des employeurs acceptent de faire confiance“. Par ailleurs, sauf exception, les anciens détenus ne sont pas tenus d’informer leurs employeurs de leur passage en prison.

S’il considère que “les prisons ne servent pas à rien et peuvent avoir un effet dissuasif“, Roger Levesque constate que les conditions de détention doivent être améliorées avec “des cellules individuelles, plus d’activités et de travail et surtout plus d’accompagnement“. Même constat pour Jacques Simonet du MRS: “Souvent, la prise de conscience qui conduit à une volonté de se réinsérer ne se fait pas en prison, car, faute de moyens, le rôle des surveillants est réduit à maintenir l’ordre et la partie “réinsertion” de leur travail n’est pas développée“, explique-t-il.

“La prison, Pôle emploi de la délinquance”

Surpopulation, violence, manque d’accompagnement, l’effet criminogène des dysfonctionnements du système carcéral français est souvent pointé du doigt. “Le milieu carcéral, c’est un peu le Pôle emploi de la délinquance, il y a tous les corps de métier sur place: dealers, braqueurs, receleurs… Il suffit d’aller voir le bon pour perfectionner ses techniques“, témoigne Yazid, condamné à trois reprises à des peines de prison pour des cambriolages et des braquages, sur le site de l’OIP (Observatoire international des prisons).

Alors, la prison est-elle l’école de la récidive ? “La question de l’incidence des conditions de détention dans la probabilité de récidive est débattue”, explique Arnaud Philippe, économiste spécialiste de la criminalité et de la récidive. Cependant, des études internationales ont démontré que “plus les conditions de détention sont déplorables, plus l’individu avait des chances de récidiver“. Face à ce constat, des associations et des organismes comme l’Observatoire international des prisons demandent l’amélioration des conditions de détention et le développement de peines alternatives, “moins chères et plus efficaces” contre la récidive (travaux d’intérêt général, placement sous surveillance électronique…).

Vers le développement des peines alternatives

Confrontés à cette problématique, les gouvernements successifs ont mené plusieurs réformes pour lutter contre la récidive. En 2007, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, une loi “renforçant la lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs” avait instauré des peines minimales, dites “peines plancher” pour les récidivistes. “On constate que les peines prononcées étaient nettement plus sévères qu’avant, mais que la loi n’a eu aucun effet dissuasif à court terme, elle n’a pas fait peur“, analyse Arnaud Philippe. Pour les personnes condamnées, par contre, “elles ont eu tendance à moins commettre de délits à leur sortie“. Avec une nuance, “ils commettent moins de délits de même nature, car ils ont compris qu’ils seraient lourdement condamnés, mais la probabilité qu’ils commettent d’autres délits ne baisse pas. C’est un effet d’apprentissage“, précise le chercheur.

Un bilan mitigé donc, pour une mesure largement critiquée. Les peines plancher ont ensuite été supprimées par une loi de 2014, promulguée après une conférence de consensus sur la prévention de la récidive, présidée par la ministre de la Justice d’alors, Christiane Taubira. La loi de programmation pour la justice, votée en 2019, a poursuivi les objectifs de la loi de 2014 en favorisant le développement de peines alternatives et des aménagements de peine en cas de courtes condamnations. Elle prévoit également la création de 1500 postes dans les SPIP d’ici 2022.

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