Au tribunal judiciaire de Nanterre, la rapide justice du quotidien

Au tribunal de Nanterre, des comparutions immédiates ont eu lieu les unes après les autres ce lundi 8 février après-midi. Une justice du quotidien face à des accusés aux vies difficiles.

« On sait toujours comment les affaires commencent. Jamais comment elles finissent ». Entre deux affaires de comparutions immédiates, la Présidente et l’avocate de défense échangent. Au total, six dossiers sont traités au cours de l’après-midi. Comme tous les jours de la semaine, les comparutions immédiates s’enchaînent dans la salle d’audience n°4 du tribunal judiciaire de Nanterre.

La plupart des sièges visiteurs sont vides alors qu’une demande de renvoi est acceptée et une demande de liberté rejetée. Puis, le jugement des affaires du week-end commence. Un jeune homme fait son entrée dans le box. Une fois les menottes retirées, il se tient debout face à la vitre et l’interprète se penche vers lui pour débuter la traduction. Il est accusé de vol aggravé par les circonstances en réunion et avec violence, trois nuits plus tôt. Sa victime, une femme de petite taille et vêtue d’un long manteau noir, est assise face à lui.

Le jeune algérien dit être né en 2004 et avoir 17 ans mais l’année 2000 est notée sur certains documents. Est-il majeur ou mineur ? Son avocate répondra « qu’il soit vieux mineur ou jeune majeur, il reste jeune ». Mais la demande de renvoi devant le juge des enfants est rejetée, tout comme celle d’un examen osseux.

« Madame est fonctionnaire de police »

« Je n’aime pas avoir des gens derrière moi ». La victime prend la parole pour raconter la nuit du 5 février. Après être sortie tard du travail, vers une heure du matin, elle prend le métro pour rentrer chez elle. Deux jeunes hommes sont présents et lui adressent quelques mots. Elle descend à sa station, ils font de même. Elle s’arrête en mimant de chercher quelque chose dans son sac pour les laisser passer. « Mais je n’étais pas bien. Je me suis retournée et j’ai vu qu’ils avaient fait demi-tour ». Les deux hommes la suivent et se placent à sa hauteur. Devant l’entrée d’un immeuble, « ils m’ont poussé contre le mur. Je ne voulais pas qu’ils me prennent mon portable, il y a trop de choses sensibles dedans ». La jeune femme est alors interrompue par la Présidente. En s’adressant à la salle, elle explique: « Madame est fonctionnaire de police ». Pour éviter que les agresseurs fouillent son sac et trouvent son badge, la femme leur propose sa carte bancaire. Elle n’a pas voulu révéler sa fonction, de peur que ça la mette en danger. « J’ai été lâche Madame le Président. Dans ces cas de figure, on donne tout, on ne joue pas au héros ». Puis elle précise en regardant l’accusé « à leur décharge, ils auraient pu me frapper. Ils ne l’ont pas fait ».

Pas de coups, mais une main sur la bouche pour l’empêcher de crier. Les jeunes hommes sont repartis avec sa carte bancaire et son téléphone. Interpellés puis placés en garde à vue, un premier, mineur, reçoit un rappel à la loi. Le deuxième, considéré majeur, se retrouve dans un box ce lundi 8 février. « Je reconnais mon erreur, je demande pardon » dit calmement le jeune algérien par le biais de l’interprète. « On ne savait pas où dormir. Je voulais vendre le téléphone pour manger ». Il est arrivé en France il y a quatre mois, après la mort de sa mère. A la suite de ce décès, il subit une intervention chirurgicale.« Il a sauté, ou il a fait une chute, d’un immeuble » précise la juge. Pour lui, hors de question de retourner en Algérie sans que sa mère y soit.

« J’ai honte »

Lorsque la juge lui demande comment ils ont choisi leur victime, il répond « Si j’avais su qu’elle était policière, je ne me serais pas approché d’elle ». La Présidente comprend dans cette réponse qu’une femme non policière peut elle, par contre, être agressée. Elle lui rétorque « c’était exactement ce qu’il ne fallait pas dire ». Il sera condamné à huit mois d’emprisonnement avec un maintien en détention et devra verser 1500 euros de dédommagement à la victime. Il avait conclu sa dernière prise de parole des mots: « j’ai honte ».

Le jeune Algérien quitte le box menottes aux poignets pour laisser place à un Tunisien plus âgé. La même avocate et la même interprète restent pour l’accompagner. L’homme est accusé de tentative de vol par effraction dans une maison quatre nuits auparavant. « A cause du Covid, je n’ai plus de travail, donc je n’ai pas d’argent ». En France depuis un an, il était en train de fouiller une chambre de cette maison selon l’équipe de police qui l’a interpellé. Mais ce n’est pas sa version. « Ca faisait deux jours que je n’avais pas dormi » traduit l’interprète, « je cherchais un squat pour y passer la nuit, il faisait froid et j’ai vu la fenêtre de la maison ouverte ». La même équipe de police était intervenue deux heures plus tôt dans la maison. Ils avaient trouvé la maison retournée et la fenêtre cassée. Quand ils reviennent et trouvent l’homme dans la pièce, ils le décrivent en train de fouiller. Lui se dit simplement en train de dormir.

« La garde à vue s’est extrêmement mal passée vis-à-vis de lui-même » explique son avocate. « Il s’est tapé la tête contre les murs et a essayé de s’étrangler ». L’homme se tient debout mais recroquevillé, les mains sur le torse et les yeux grand ouverts. Il est jugé coupable et condamné à sept mois en prison. Il déclare à la fin de l’audience « je demande la justice ».

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