Stéphane Durand-Souffland, le maître de la chronique judiciaire

Stéphane Durand-Souffland est chroniqueur judiciaire au Figaro. En vingt ans, il a suivi les plus grands procès. Il aime pourtant travailler dans l’ombre et ne s’autorise aucune certitude.

D’un bout à l’autre de la rédaction du Figaro, Stéphane Durand-Souffland est désigné comme “la” référence dans son domaine. Mais son nom résonne bien au-delà des murs du journal. “Je me souviens d’un soir, raconte l’ancienne journaliste du Canard Enchaîné Dominique Simonnot, pendant le procès de Charlie Hebdo, où Stéphane s’est assis dans un café pour écrire son papier. Vingt minutes plus tard, il avait terminé, et il faut voir la qualité de ce qu’il avait produit… ». Lorsqu’il parcourt les couloirs d’un tribunal, il est le chroniqueur que tout le monde connaît.

“Une nature contemplative”

Muni d’un stylo et d’un cahier, toujours “un grand cahier à spirales et petits carreaux“, il est réputé pour coucher sur le papier les moindres détails d’une audience. La phrase inattendue d’un accusé, le rictus d’un juge, le silence d’un avocat au milieu de sa plaidoirie… Rien ne lui échappe, jusqu’à la couleur du manteau d’un témoin, dont il ne sait pas si ce dernier lui sera utile. À tel point que les magistrats craignent sa plume. “J’ai pu y aller un peu fort par le passé sur la moquerie, mais je me suis un peu calmé“, glisse-t-il, un sourire au coin des lèvres.

Mais cette renommée n’est pas ce qui l’anime. Au contraire. Stéphane Durand-Souffland n’aime pas être dans la lumière, notamment parce qu’il n’est jamais sûr de lui, et encore moins de l’origine de cette réputation. “Il faut croire que l’imposture fonctionne“, marmonne le journaliste. Alors, d’un air toujours un peu bougon adouci par son visage arrondi, il préfère s’écarter de la foule pour travailler dans l’ombre, comme il le fait depuis près de vingt ans. “Je suis d’une nature contemplative“, se justifie-t-il.

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Arrivé en 1990 dans la section “Médias” du Figaro, le jeune journaliste est passé chef adjoint du service “Société” avant de finalement “trouver sa place” à la chronique judiciaire. Et quelque 2000 papiers plus tard, une barbe devenue grise et quelques cernes sous les yeux, Stéphane Durand-Souffland a traité de tout, du braquage raté au crime passionnel, en passant par le terrorisme. Il ne se lasse pourtant pas de “passer des heures” sur les bancs d’une audience. Grâce à son expérience, il a bien acquis quelques “ficelles” mais s’oblige chaque fois à adopter une démarche cartésienne : il doute, pour mieux suivre. Sa carrière lui a en effet montré que “tout est possible” et qu’il ne faut jamais croire aux “stéréotypes“. “Il faut admettre cette idée. C’est intéressant de savoir que l’on va plonger dans des ressorts psychologiques, des motivations qui parfois nous échappent, développe-t-il. En même temps, c’est rassurant de laisser le crime dans un domaine à part. Si on pouvait le penser complètement, ce serait effrayant.

Le syndrome de la feuille blanche

Alors le chroniqueur s’impose un doute constant, jusqu’à se blâmer lorsque les procès prennent une tournure inattendue. “Comment j’ai pu passer à côté ? “, se demande-t-il en fronçant les sourcils. Mais c’est aussi ce qui lui plaît, de savoir qu’il n’a “pas encore tout vu “, même s’il commence à “en avoir vu beaucoup“. Il continue donc, à chaque audience, de griffonner son cahier pour “s’imprégner” autant que possible. “Il n’y a pas deux procès identiques, chacun a ses petits détails un peu absurdes“, répète-t-il. Et pour ne rien manquer, il s’éclipse toujours à la dernière minute. Mais une fois dehors, il reste bercé d’incertitudes, jusqu’à devenir lui-même l’objet de son doute. “Vais-je réussir à sortir quelque chose ? “, s’interroge Stéphane Durand-Souffland. “J’ai toujours peur de faire un truc plat, ou pire, de rendre une feuille blanche“, soupire-t-il.

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Le journaliste se lance alors à l’aveugle, ou presque. Il s’attache à retranscrire “l’atmosphère particulière propre à chaque procès“, sans perdre de vue “la façon dont l’affaire sert de carburant à la machine à juger“. Il se refuse à faire “dans le pathos” car, selon lui, “l’émotion ne se niche pas dans les larmes, mais dans les détails d’une affaire“. Rares sont les fois où le chroniqueur a lu avec satisfaction ses écrits. Il dit juste “ne pas savoir faire autrement”.

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